Parfois, il se passe des choses bizarres dans ma tête. Des choses au delà de l'étrange. Des rêves surgis de nulle part. Ils me surprennent par leur richesse et par les détails qu'ils contiennent : couleurs, odeurs, sensations physiques, personnages, situations, locations et même parfois musique (un jour je vous raconterai comment je suis enveloppée de musique quand je rêve que je vole...).

Mais le sujet du jour, c'est le rêve de la nuit dernière. Il m'arrive de rêver de personnes que je connais, si ce n'est pas ultra régulier, c'est tout de même fréquent, particulièrement quand je viens de rencontrer quelqu'un, cette personne a souvent tendance à squatter mon subconscient. Jungienne ou Freudienne, l'analyse est très simple, j'intègre juste la personne dans mon cosmos personnel, il faut qu'elle trouve sa place dans mon environnement, mon cerveau faisant ce travail nuitamment à mon insu. Il s'amuse à placer la personne dans des situations étranges, qui me laissent perplexe au réveil, et me donnent souvent matière à écrire. Ce qui est chouette quand on est écrivain, c'est justement d'avoir un cerveau à même de vous foutre dans des plans existentiels délirants qui vous serviront de terreau pour une histoire ou plus.

Le rêve de la nuit dernière n'a pas échappé à la bizarrerie habituelle. Mais avant de le raconter, il faut replacer le tout dans son contexte. Le premier est mon état de fatigue. Je rentre (il y a une semaine tout pile) d'un voyage à Miami et le décalage horaire suivi d'une nuit blanche juste après mon retour à Paris m'a mené dans une spirale d'insomnies sévères. Et ces insomnies s'accomapgnent invariablement de migraines ophtalmiques carabinées. Je vous fais grâce des effets secondaires du traitement Relpax/Lamaline... mais ce n'est pas étranger aux rêves que je fais par la suite.

Quand je sors, je rencontre souvent des personnes intéressantes. Et samedi dernier ça a été le cas. Soirée classique, rencontre classique, j'ai discuté avec un jeune homme sympathique et nous avons échangé nos coordonnées. Depuis nous discutons d'un peu de tout. Afin de conserver son anonymat, je le nommerai J-C. Il était dans le rêve. Et après cette longue introduction, le voici.

La Terre est devenue une lande humide, un immense marais. Le sol ne varie pas beaucoup de niveau, à peine quelques îlets émergent à la surface, verts de mousses et de plantes grasses, parfois une colline couverte d'arbres sombres et putrides. Sous la surface de cet océan peu profond, tout est vert, des algues à feuilles rondes, pas d'animaux, pas de poissons. C'est un monde vert, une gloire aux végétaux, mais d'animaux pas de trace.

Les rares humains encore en vie dans ce monde sont en stase dans un vaisseau qui orbite autour, variant son altitude (pourquoi aucune idée) parfois au raz de la mer, parfois si haut qu'on voit la courbure du globe terrestre. On m'a réveillé de ma stase. Je suis vêtue d'une combinaison en lin beige, ample, confortable, sans manches, tout le monde porte le même vétement. Sur mon bras gauche il y a un petit communicateur holographique qui m'affiche le visage en 4D de mes interlocuteurs. La plupart sont des jeunes gens, comme moi. Dans le rêve je ne dois pas avoir plus de 20 ans, mais c'est bien mon corps, j'ai même mes tatouages actuels (étrange je n'étais pas tatouée à 20 ans). Juste après mon réveil on me fait passer une IRM. L'appareil diffère beaucoup de celui dans lequel je suis passée en 2010... là on est debout. Ça ressemble à une cabine de douche aux parois fumées. Tout est OK avec moi. Je dois descendre au sol et juste avant que je descende je croise une jeune femme que je connais. (Dans la vraie vie aussi je la connais elle s'appelle Laetitia, c'est une bibliothécaire). Elle me raconte qu'elle est descendue et là dans le rêve je vis la scène à sa place. Je suis dans une forêt d'ébèniers, les arbres ressemblent plus à des séquoias géants qu'à des Dyospiros... il fait nuit, mais pas complètement noir, la pleine lune éclaire le décors. Laetitia est albinos, sa peau devient phosphorescente sous la lumière lunaire. Dans l'eau autour des arbres glisse un canot avec deux jeunes hommes dedans. Elle a peur, j'ai peur. J'entends leurs voix qui chuchotent et le clapotis de l'eau sur la coque du petit esquif. Au détour d'un trou dans la végétation, je peux mieux voir, leur embarcation n'est qu'un bout d'écorce des arbres environnants, écorces qui se détachent le long des troncs et jonchent le sol partout autour de moi. Tout est humide, spongieux, étouffant, oppressant. Quelques minutes plus tard, je découvre le petit bateau renversé, une mèche de cheveux dépasse de sous la coque, je soulève le tout et découvre deux cadavres qui semblent avoir séjournés longtemps dans l'eau. Leur peau est verte, veinée de lignes bleues au dessin morbide, leur chair flasque et bouffie exhale une odeur de chair en décomposition. Illumination, je sais que même lorsqu'ils parlaient un instant plus tôt, glissant sur l'eau, ils étaient déjà morts.

Alors que Laetitia termine son récit, une alarme retentit dans le vaisseau et je cours pour retrouver quelqu'un qui vient de sortir de stase : J-C. Mais quand j'entre dans la salle de réveil, il n'est pas là. Je dois lui parler en urgence, savoir s'il va bien. Le besoin est impérieux, comme vital pour moi et pour lui. Je ressens comme une menace qui plane sur lui. Pourtant impossible de le trouver. Je cours dans le vaisseau, interroge des gens, je descends même à la surface (c'est super fun les aéro-glisseurs à fond les bananes au dessus de l'eau). J'essaye avec mon communicateur et quand il apparaît en 4D au dessus de mon bras, je ne suis pas le moins du monde soulagée de le voir. Mon angoisse grandit encore. J'ai l'impression que quelqu'un cherche à nous séparer. Je peux voir son indécision sur son visage, lire une certaine tension. Il se méfie de moi, et dans mon esprit se forme le visage d'un autre homme : mon père. (Alors rien à voir avec le vrai de la vraie vie, là le monsieur est très grand, très mince, très sévère... le vrai c'est un peu tout l'inverse, sévérité conservée). Quelqu'un le menace. Pourtant, il doit venir avec moi quelque part, c'est très important pour la survie des personnes à bord. Quand je lui donne rendez-vous dans un des salons du vaisseau et il refuse au prétexte qu'il doit passer une IRM et dans sa voix je peux entendre la peur qui le dévore. Tout dans ses yeux, ses gestes, sa voix trahit cette peur paralysante. Il voudrait obéir mais il est prisonnier d'une menace et de la terreur qu'elle lui inspire. J'essaye de le rassurer. Déjà il est très étonnant qu'il n'ai pas encore passé l'IRM obligatoire en sortie de stase, et ensuite ce n'est ni douloureux ni angoissant. Je lui explique la procédure, mais rien y fait, malgré ma voix calme, mes mots rassurants, il a peur. Quand la communication se coupe une certitude glacée m'envahit, il va mourir. Quelqu'un va le tuer, et je ne pourrais rien faire. Alors je repars à sa recherche. J'arrive dans un couloir sombre, un groupe de jeunes gens s'est formé autour de quelqu'un au sol. Mon coeur menace de s'arrêter de battre, mon esprit lutte contre l'évidence. J'écarte les gens et il est là, la poitrine trouée, il saigne abondamment. Quand je me penche au dessus de lui, la douleur semble le quitter et son visage s'adoucit. Il murmure : j'aurais du venir. Il me tend sa main droite et glisse quelque chose dans ma paume, c'est chaud et métallique.

Et je me suis réveillée. 

Voila. 

Dire que je fais des rêves particulièrement riches en détails, sensations et autres est encore très loin de la réalité. Ne pas savoir ce que J-C a glissé dans ma main me perturbe un peu. Le fait qu'il meure presque dans mes bras aussi ... j'ai arrêté depuis longtemps de me poser des questions sur la significations de mes rêves, il n'y en a pas. Ce sont juste des récits que fabriquent mon cerveau avec des éléments épars de mon quotidien. Seulement comme ça fait quand même plus ou moins 3 semaines que j'ai pas lu un roman de SF avec un vaisseau dedans... je me demande quand même d'où peut bien provenir cette planète verte qui me fait furieusement penser à une Solaris végétale. Le vaisseau me rappelle un peu celui d'Alien. Les autres éléments semblent sortir de nulle part. Sauf peut-être l'environnement végétal qui me fait vaguement penser aux Everglades, les alligators en moins.

Bonne soirée.

P.