02 juin 2009
Perceptions
Texte envoyé à Short Stories. Texte refusé, sans motif.
Le thème était : Dimanche pourri.
Je m’endors sans prendre conscience de la langueur qui me gagne peu à peu.
Ma tête lourde repose sur l'oreiller et mes songes se battent à la porte de mes paupières pas encore tout à fait closes.
J'ai dû rêver, rêver qu'on m'attachait à un lit de soie, qu'on s'occupait délicieusement de mon corps, paralysée par les liens et par le plaisir, entourée de mains masculines, longues et agiles, habiles et épaisses.
Quand une déflagration me réveille en sursaut, mon corps refuse de bouger.
Des cris au dehors m'alarment plus que mon immobilité. Une petite voix d'enfant s'élève dans la nuée blanche de l'aurore qui passe par la fenêtre, je voudrais sortir de mon lit mais mes membres gourds noyés dans les draps ne répondent plus aux ordres de mon cerveau.
La panique devrait m'envahir. Cette lourdeur dans mes jambes qui me cloue sur mon matelas semble vouloir remonter le long de mon tronc pour m'empêcher de respirer. Pourtant le calme qui règne dans ma tête est tout aussi surprenant que cette paralysie soudaine.
Un rire s'élève dans la cour, suivi du bruit métallique du rebond d'un ballon de basket. Oui des enfants jouent à la balle devant mes fenêtres, comment puis-je être effrayée par un bruit si anodin ?
Je ferme les yeux pour me convaincre de ma stupidité, essaye de me rendormir, après tout si je ne peux bouger c'est peut-être parce que je me suis juste coincée un nerf.
Après quelques minutes, le sommeil ne revient toujours pas. Les nouveaux bruits autour de moi ne me rassurent pas, il y a un homme qui tronçonne quelque chose dans le jardin, mais quoi ? Il n'y a pas d'arbres autour de nous, que des tours de béton et des allées de graviers. Et puis il y a quelque chose qui gratte le parquet dans le salon. Toutes les deux ou trois minutes, on gratte sur les lattes et on s'arrête. Bruit régulier, répétitif. Agaçant.
Je n'ose parler, appeller. Appeller qui ?
A présent c'est un bip qui résonne toutes les secondes, un bip suraigu qui déchire mes tympans, je crispe mes yeux... tiens mes paupières, elles, bougent encore.
Je respire un peu plus vite, ce grattement commence à m'agacer prodigieusement. Je vais peut-être me mettre à crier, pour entendre autre chose que ce bruit infernal qui va me rendre folle.
Quand je rouvre les paupières, la chambre a disparu. Une lumière blanche m'aveugle. Je voudrais parler, je voudrais bouger, appeler à l'aide, cette fois-ci, il y a bien quelque chose qui cloche. Pourquoi diable ai-je aussi mal ?
Partout, mon corps n'est que douleur, une douleur violette, brûlante, électrique, au goût d'acide. Elle parcourt mon corps tel un petit scarabée de feu démultiplié.
Dans ma bouche il y a un tuyau. Dans mon nez il y a un tuyau. Entre mes jambes il y a un tuyau. A mesure que mes yeux s'accoutument à la lumière un peu forte de l'espace, je mesure mon état.
Lorsqu'un homme se penche vers moi un crayon à lumière à la main, je plisse à nouveau les paupières, rien à faire, il a réussi à les forcer et y plonge son faisceau brûlant.
Il semble ravi.
- Ce n'est rien, on vous a tiré dessus ce dimanche vers 3h du matin.
On est dimanche. Dimanche ? Mais non hier c'était lundi.
Pénélope Labruyère-Snozzi
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